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Athlé : Hassiba Boulmerka, la vie dangereuse d’un symbole

D 6 décembre 2006     H 10:50     C 0 messages


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Double championne du monde, mais aussi et surtout championne olympique à Barcelone (1992), l’Algérienne évoque son difficile parcours d’athlète et de femme.


Un champion olympique n’est jamais un sportif ordinaire. C’est d’autant plus vrai lorsque vous êtes une femme et que vous venez d’un pays musulman. Double championne du monde d’athlétisme (Tokyo 1991 et Göteborg 1995) et championne olympique sur 1500 mètres à Barcelone (1992), Hassiba Boulmerka (38 ans) a fait preuve d’un tempérament hors du commun. Invitée hier soir par le musée olympique, dans le cadre d’une agora intitulée « La force du mental, l’art de s’accomplir et de se dépasser », l’athlète algérienne a accepté de revenir sur son formidable parcours.

Le 1er septembre 1991, vous êtes devenue championne du monde. Quel souvenir en gardez-vous ?

Celui d’une journée très particulière, pas seulement pour moi mais aussi pour mon pays. Tous les regards étaient rivés sur Noureddine Morceli (ndlr : l’Algérien, quelques heures plus tard et sur la même distance, allait lui aussi enlever le titre mondial). Personne n’attendait ma victoire. Les gens pensaient que mon niveau ne dépassait pas celui du championnat d’Afrique. Et ce jour-là, j’ai marqué le sport algérien en obtenant la première médaille d’or de son histoire.

Cette consécration dépassait le cadre strictement sportif...

Je suis devenue un symbole. J’ai reçu les honneurs du monde politique et la reconnaissance du peuple algérien. Mais très vite aussi des critiques. L’idée d’une femme musulmane, progressiste, moderne, ne pouvait s’accorder avec l’idéologie des fanatiques religieux, lesquels me reprochaient notamment de courir les jambes nues. Ma vie est devenue dangereuse. Je recevais des coups de fil anonymes, des lettres de menace. J’ai dû m’éloigner de l’Algérie quelque temps.

Ce climat de tension ne vous a pas empêchée d’enchaîner, un an plus tard, avec l’or olympique...

Quelque chose de tout à fait extraordinaire. A commencer par la finale, où j’ai fait preuve d’une agressivité et d’une rage de vaincre qui aujourd’hui encore m’étonnent. Quatre ans auparavant, à Séoul, âgée de 19 ans, j’avais découvert ce que pouvait être le sport de haut niveau. J’avais dit alors : les prochains jeux seront les miens. Certains avaient souri. Mais dans ma tête ça ne faisait aucun doute. J’ai lâché ma famille et mes études. Avec mon entraîneur, nous étions jeunes et prêts à tout sacrifier. Ainsi, nous avons passé presque trois ans à l’écart, en Allemagne, près de la mer baltique, travaillant très dur, avec en tête cet unique objectif.

Vous vous définissez vous-même comme une battante. D’où avez-vous tiré cette incroyable force de caractère ?

C’est un don. Depuis toute petite, j’essaie de faire des choses qui dépassent mon pouvoir. Bien sûr, le sportif peut travailler son mental comme il le fait pour son physique. Mais le plus important, c’est de croire en soi. Ma victoire à Barcelone a constitué un déclic pour un pays qui traversait une période noire. La vision de ce petit bout de femme sur la piste, avec son drapeau et son slogan de « l’Algérie qui gagne » a motivé tout un peuple. Beaucoup de gens m’ont dit : vous nous avez donné du courage pour ne pas céder au chantage.

Mais aujourd’hui encore, vous vivez dans la crainte...

C’est vrai. Mes sorties sont limitées. Je ne vais pas n’importe où et à n’importe quelle heure. Je dérange encore. En Algérie, le quotidien d’une femme ordinaire est difficile. Ce qui n’est pas interdit par la loi est interdit par la tradition. Et ce qui n’est pas interdit par la tradition est interdit par la religion.

Avez-vous l’impression que votre parcours a servi au développement du sport dans votre pays ?

Hélas non. Le sport est devenu cher et beaucoup de pays se sont désengagés. C’est le cas de l’Algérie. Voilà dix ou quinze ans, 10 % du budget d’état était consacré au sport ; aujourd’hui, c’est à peine 1 %. Certains me reprochent d’être une sportive politisée. Mais il est difficile d’avancer sans l’appui politique. Nous vivons une période amère. Je suis triste pour le sport algérien.

Et si c’était à refaire ?

Je me suis parfois posé la question. Avec le sport, j’ai beaucoup appris sur la vie. Le sport a toujours été pour moi une source d’inspiration. Je réponds donc oui sans hésiter. D’un autre côté, quand je pense à ma vie familiale, je crois que j’ai donné au sport plus qu’il ne faut. Mon père a souffert de ma situation. Et le jour où j’avais quelque chose à lui offrir, ma mère n’était plus là...


Voir en ligne : 24 Heures.ch

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