Séoul : les marathons provoquent la colère des habitants
Face à la multiplication des marathons dans les rues de Séoul, les habitants expriment leur exaspération. Embouteillages interminables, transports publics perturbés, quartiers difficilement accessibles et déchets sur la voie publique : la popularité grandissante de la course à pied se heurte aux contraintes de la vie quotidienne. La municipalité sud-coréenne annonce une révision en profondeur de l’organisation des épreuves prévues en 2027.
Quand la passion de courir devient une source de mécontentement
La course à pied connaît un véritable engouement en Corée du Sud. À Séoul, cette popularité se traduit par une multiplication des manifestations sportives organisées sur les grands axes de la capitale. Mais derrière les images de milliers de coureurs envahissant les avenues, une autre réalité s’impose progressivement : celle des habitants qui voient leur dimanche transformé en parcours d’obstacles.
Le problème n’est plus seulement celui de quelques ralentissements ponctuels. Les fermetures de routes, les déviations imposées aux autobus et les difficultés de circulation alimentent désormais un mécontentement grandissant. Sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, les critiques se multiplient. Pour une partie des Séouliens, organiser des marathons dans le centre-ville presque chaque week-end devient difficilement acceptable.
Le 1er novembre, une journée particulièrement chaotique
Le dernier épisode en date s’est produit le dimanche 1er novembre 2026. Deux parcours mobilisaient alors une partie importante du réseau routier de la capitale.
Le premier reliait la place Gwanghwamun au parc olympique, tandis qu’une autre épreuve de 10 km partait du parc de la Coupe du monde de Sangam pour rejoindre le parc de Yeouido.
Ces manifestations ont entraîné d’importantes restrictions de circulation sur plusieurs axes stratégiques. Conséquence directe : 190 lignes d’autobus urbains ont dû modifier leur itinéraire. Les routes de substitution ont elles-mêmes connu de fortes congestions, compliquant encore davantage les déplacements.
Des habitants excédés par les restrictions
Les témoignages relayés par la presse sud-coréenne illustrent l’ampleur du mécontentement. Certains automobilistes expliquent avoir dû effectuer des détours de plusieurs kilomètres pour parcourir quelques centaines de mètres. D’autres racontent être restés bloqués pendant deux heures dans un autobus.
Les perturbations ne concernent pas uniquement les automobilistes. Les usagers des transports publics, les commerçants, les livreurs et les riverains subissent également les conséquences de ces événements. Pour certains habitants, rejoindre leur domicile ou simplement sortir de leur quartier devient particulièrement compliqué.
À ces difficultés s’ajoutent les nuisances sonores et les déchets laissés après le passage des participants. Des photographies de gobelets et de détritus abandonnés près de la station de métro Jamsil ont notamment circulé sur Internet après les dernières manifestations.
Une multiplication des courses qui interroge
Cette situation s’inscrit dans un phénomène plus large. Selon les chiffres communiqués par la municipalité, le nombre de marathons soutenus par le gouvernement central est passé de seulement un en 2025 à 23 en 2026.
Dans le même temps, Séoul a réduit son propre soutien aux manifestations sportives de ce type. La municipalité est passée de 15 marathons soutenus l’année précédente à seulement sept cette année.
Cette évolution révèle une difficulté particulière : malgré les efforts de la ville pour limiter les manifestations qu’elle accompagne, de nombreuses autres épreuves continuent d’être organisées avec le soutien d’administrations nationales ou d’autres organismes.
Les chiffres témoignent également de l’ampleur du phénomène. Plus de 30 grandes opérations de régulation de la circulation liées aux marathons ont été recensées dans le centre de Séoul depuis le début de l’année 2026.
Bogotá et la Chine confrontées aux excès du boom du running
Séoul n’est pas la seule métropole confrontée aux conséquences de la multiplication des courses sur route. En Colombie, Bogotá connaît une situation particulièrement révélatrice. En 2025, la capitale a accueilli 26 manifestations sportives de course à pied, réunissant près de 142 000 participants selon les chiffres d’affluence autorisée communiqués par les autorités locales. Mais leur répartition géographique pose problème : 16 des 26 événements, soit près de 62 %, ont concerné le secteur de Teusaquillo. Certains quartiers se retrouvent ainsi régulièrement confrontés à des fermetures de routes et à des difficultés de circulation.
Le mécontentement a pris une dimension concrète le 18 octobre 2026, à l’occasion de l’Allianz 15K. Des habitants de plusieurs quartiers de Teusaquillo ont manifesté contre les restrictions répétées imposées à leurs déplacements. Certains ont même bloqué le passage des coureurs pour faire entendre leurs revendications. Face à cette contestation, les autorités municipales ont annoncé travailler sur une nouvelle réglementation destinée à mieux répartir les parcours dans la capitale et à éviter que les mêmes quartiers supportent systématiquement les contraintes.
En Chine, le phénomène prend une dimension encore supérieure. Selon l’Association chinoise d’athlétisme, 671 courses sur route ont été organisées dans le pays en 2024, réunissant environ 6,56 millions de participations, dans 261 villes et 537 districts. Le calendrier témoigne de cette effervescence : 114 compétitions ont été organisées durant le seul mois de novembre, dont 31 simultanément le 3 novembre. Cette croissance spectaculaire oblige les autorités sportives à s’interroger sur la durabilité du modèle et sur les conditions d’organisation des manifestations.
Les situations ne sont pas exactement comparables : si Bogotá connaît des protestations documentées contre la répétition des fermetures de routes dans certains quartiers, les chiffres chinois illustrent avant tout l’ampleur de la multiplication des compétitions. Ils témoignent néanmoins d’une même réalité : le succès populaire de la course à pied impose désormais aux grandes villes de repenser le partage de leur espace public.
Une réglementation qui ne permet pas encore de tout encadrer
Jusqu’à présent, les municipalités sud-coréennes disposent de moyens limités pour contrôler l’organisation de ces manifestations. Les marathons ne sont pas systématiquement soumis à une autorisation ou à une approbation préalable de leur part. La gestion des restrictions de circulation relève notamment des autorités policières.
Une évolution législative doit toutefois modifier la situation. À compter du 21 avril 2027, une modification de la loi nationale sur la promotion du sport imposera aux organisateurs de manifestations sportives réunissant au moins 1 000 participants de transmettre préalablement un plan de gestion de la sécurité aux autorités locales.
Les responsables municipaux pourront alors demander des modifications ou des compléments à ces documents. Une avancée qui doit permettre de mieux anticiper les conséquences des grands rassemblements sportifs.
Séoul veut revoir entièrement le calendrier 2027
Face à la montée des protestations, le maire de Séoul, Oh Se-hoon, a annoncé une remise à plat de l’organisation des marathons prévus l’année prochaine.
Après les perturbations du 1er novembre, il a reconnu sur les réseaux sociaux les désagréments importants subis par les habitants, expliquant que les discussions engagées avec les organisateurs pour modifier certains parcours n’avaient finalement pas permis d’éviter les difficultés.
Le 4 novembre, la municipalité a officialisé la création d’un groupe de concertation réunissant notamment les services municipaux, la police et les organismes concernés. L’objectif sera de réexaminer les calendriers, les itinéraires, les déviations routières et les dispositifs de sécurité des manifestations programmées en 2027.
La ville a également demandé aux organisateurs de suspendre provisoirement les inscriptions aux prochaines éditions, dans l’attente de la finalisation des discussions concernant les plans de sécurité et les restrictions de circulation. Les nouvelles dispositions doivent être précisées en décembre.
Concilier le droit de courir et celui de circuler
Le débat dépasse largement la seule question des embouteillages. Il met en lumière une difficulté à laquelle sont confrontées de nombreuses grandes métropoles : comment accueillir des manifestations sportives populaires sans pénaliser excessivement ceux qui vivent et travaillent dans les quartiers concernés ?
Le développement de la course à pied constitue incontestablement une dynamique positive pour la pratique sportive et la santé publique. Les marathons participent également à l’animation des villes et offrent aux participants une expérience particulière en parcourant des lieux habituellement réservés à la circulation.
Mais leur multiplication impose une réflexion sur les conditions d’organisation. Répartition des dates, choix des parcours, horaires de départ, limitation des zones de fermeture et meilleure information des riverains figurent parmi les pistes permettant de réduire les désagréments.
À Séoul, l’enjeu des prochains mois sera donc de trouver un équilibre entre deux aspirations légitimes : permettre aux coureurs de vivre leur passion et préserver la liberté de déplacement des habitants. Car si un marathon doit rester une fête populaire, il ne peut durablement devenir, pour une partie de la population, un rendez-vous synonyme de paralysie urbaine.
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