Diarrhée du coureur : quand faut-il arrêter de courir ?

Diarrhée du coureur : quand faut-il arrêter de courir ?

par Marathons.fr

L’épisode de Joanna Wietrzyk lors d’un Hyrox à Pékin a remis sous les projecteurs un phénomène bien connu des coureurs : la « runner’s diarrhea », ou diarrhée du coureur. Fréquents dans les sports d’endurance, les troubles digestifs sont souvent transitoires. Mais certains symptômes doivent inciter à interrompre immédiatement l’effort.

L’incident de Pékin relance le débat
Le 12 septembre 2026, l’Australienne Joanna Wietrzyk a été victime d’un épisode de diarrhée avec incontinence fécale pendant une épreuve d’Hyrox à Pékin. Elle a pourtant poursuivi la compétition et franchi la ligne en tête de sa catégorie.

Quelques jours plus tard, l’athlète a reconnu qu’elle aurait dû s’arrêter. Elle a annoncé son retrait rétroactif de la compétition et sa renonciation aux points associés à cette victoire. L’incident a relancé les discussions sur les limites à ne pas franchir lorsqu’un organisme montre des signes de détresse, ainsi que sur les règles sanitaires applicables lorsqu’un athlète souille le parcours ou du matériel utilisé par d’autres concurrents.

De la gêne digestive à l’urgence médicale
Le souvenir de Yohann Diniz lors du 50 km marche des Jeux olympiques de Rio, en 2016 illustre une situation beaucoup plus grave. Le Français avait souffert de douleurs gastriques, de déshydratation et de selles sanglantes, avant de faire plusieurs malaises et de s’effondrer sur le parcours. Il avait terminé huitième, puis avait été hospitalisé.

Dix ans plus tard, Diniz a expliqué à L’Équipe que des examens avaient montré un caillot de sang dans l’intestin. Cet exemple rappelle qu’il ne faut pas mettre sur le même plan une envie urgente d’aller à la selle et des symptômes tels que des saignements, un malaise ou une douleur importante.

Pourquoi courir peut-il provoquer une diarrhée ?
Pendant un effort intense et prolongé, le débit sanguin est davantage dirigé vers les muscles et la peau. Le système digestif peut alors recevoir moins de sang, ce qui perturbe temporairement son fonctionnement. Les impacts répétés de la course peuvent également accélérer le transit et perturber la motricité digestive. Ces mécanismes font partie des phénomènes regroupés sous le terme de syndrome gastro-intestinal induit par l’exercice.

La chaleur, la déshydratation, l’intensité de l’effort, le stress et les aliments consommés avant ou pendant la course peuvent aussi intervenir. La diarrhée du coureur est donc rarement due à une cause unique.

Ce que montre une étude récente
Une étude publiée le 25 mars 2026 dans la revue Nutrients a analysé les symptômes digestifs de sportifs d’endurance et d’ultra-endurance. Elle a porté sur 230 coureurs d’ultra-trail et 497 sportifs pratiquant différentes disciplines d’endurance.

Son principal enseignement est simple : les sportifs qui ont déjà des troubles digestifs à l’entraînement semblent davantage exposés à ces problèmes en compétition. Dans la seconde cohorte, leurs chances de signaler des symptômes digestifs en compétition étaient près de quatre fois plus élevées.

L’étude montre également que la présence de symptômes digestifs pendant la compétition était fortement associée à l’abandon pour cause digestive. Après ajustement statistique, aucun symptôme pris isolément, dont la diarrhée, ne permettait toutefois de prédire à lui seul l’abandon. L’association était notamment forte pour l’ensemble des symptômes digestifs (nausées, vomissements ..) observés pendant la course.

Ces résultats montrent une association, et non une relation de cause à effet. Ils suggèrent surtout qu’un coureur régulièrement gêné à l’entraînement ne devrait pas ignorer ce signal.

La durée et la nutrition jouent un rôle
Dans cette étude, la pratique habituelle d’épreuves d’au moins six heures était également associée à une augmentation du risque d’abandon lié aux troubles digestifs. Ce seuil de six heures reste toutefois un repère statistique, et non une frontière physiologique précise.

La nutrition peut aggraver ou limiter les symptômes, mais elle n’explique pas tout. En 2025, des chercheurs ont analysé méthodiquement les résultats de 29 études consacrées aux stratégies alimentaires susceptibles de limiter les troubles gastro-intestinaux pendant les efforts d’endurance. Leur analyse souligne que la stratégie nutritionnelle doit être adaptée à la tolérance de chaque sportif. Le « gut training », qui consiste à habituer progressivement l’organisme aux apports consommés pendant l’effort, peut être utile chez certains coureurs.

Les FODMAP, des glucides à chaîne courte peu ou mal absorbés dans l’intestin grêle et rapidement fermentés par les bactéries du côlon, peuvent provoquer des troubles chez certaines personnes sensibles. Une alimentation temporairement réduite en FODMAP peut parfois être envisagée, mais elle doit être personnalisée et ne devrait pas être suivie durablement sans accompagnement professionnel. La littérature récente souligne en effet le potentiel de cette approche, tout en rappelant son caractère restrictif et la nécessité d’une adaptation individuelle.

Quand faut-il arrêter de courir ?
Une diarrhée isolée ou une envie urgente d’aller à la selle ne signifie pas automatiquement qu’une urgence médicale est en cours. Si les symptômes restent modérés et qu’aucun autre signe inquiétant n’apparaît, il est néanmoins préférable de ralentir ou d’interrompre l’effort, de s’hydrater prudemment et d’évaluer sa capacité à poursuivre sans se mettre en danger.

En revanche, il faut interrompre l’effort et demander rapidement un avis médical en cas de :

  • sang dans les selles,
  • malaise, étourdissements importants ou confusion,
  • douleur abdominale intense ou inhabituelle,
  • vomissements répétés,
  • signes marqués de déshydratation,
  • impossibilité de boire ou aggravation des symptômes.

Une diarrhée qui persiste après l’effort mérite également une consultation, notamment lorsqu’elle s’accompagne de fièvre, de douleurs importantes ou d’un état général altéré.

Prévenir plutôt que forcer
Les aliments et les boissons consommés en compétition doivent être testés à l’entraînement. Les sorties longues permettent d’évaluer la tolérance digestive, de modifier progressivement les apports et d’identifier les situations à risque : chaleur, rythme trop élevé, boisson trop concentrée ou alimentation inhabituelle. Les recommandations scientifiques récentes insistent notamment sur l’intérêt d’une stratégie individualisée, de l’hydratation adaptée et de l’entraînement progressif du système digestif.

Des troubles digestifs répétés à l’entraînement ne doivent pas être considérés comme une simple fatalité. Ils peuvent justifier un échange avec un médecin ou un diététicien spécialisé en nutrition du sport.

La « runner’s diarrhea » est fréquente et souvent bénigne, mais elle ne doit pas être banalisée. Entre une mésaventure digestive et une situation médicale préoccupante, ce sont surtout les symptômes associés, leur intensité et leur évolution qui doivent guider la décision. En course comme à l’entraînement, savoir s’arrêter peut aussi faire partie de la performance.

Principales références scientifiques utilisées :

Source : Marathons.fr
Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Rechercher un article
Les courses à venir

Marathon de Millau

Mill Race Marathon

Marathon des Ecluses

Marathon de Vannes

Paris-Versailles