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La course à pied est-elle une drogue ?

D 6 décembre 2008     H 13:03     C 0 messages


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A l’aube de la classique épreuve de l’Escalade, la croyance selon laquelle le sport rend « accro » est toujours aussi tenace. Les scientifiques ont élaboré des tests psychologiques pour dépister les personnes à risque. Explications.



Qui n’a pas entendu dire que la course à pied pouvait transformer les amateurs innocents en « drogués du sport » ? A l’aube de la Course de l’Escalade, qui réunit plus de 26000 participants ce samedi au cœur de Genève, l’idée que l’exercice physique exerce un pouvoir addictif mérite quelques explications. D’où vient cette croyance ? Tout commence vers 1970. Apparaît alors sous la plume d’un médecin américain, le Dr Frederik Baekeland, la première description clinique d’un comportement d’addiction à la course à pied. Il est notamment question de troubles du sommeil en cas de cessation de l’activité. Au fil des recherches, d’autres symptômes viennent s’ajouter au tableau. La privation, chez les sujets étudiés, semble entraîner un véritable syndrome de sevrage, incluant sentiment de culpabilité, irritabilité, état dépressif, troubles alimentaires, etc. L’hypothèse d’une forme d’assuétude est formulée. Rien ne sera prouvé jusqu’en 1974. Des chercheurs parviennent à démontrer que l’organisme humain est capable de produire des substances analogues à la morphine, qu’ils baptisent endomorphines (pour morphine endogène), puis endorphines par souci de simplification. Certains travaux font état d’une multiplication par cinq de ces hormones au cours d’un effort de 30 minutes...

Dès 1990, d’autres chercheurs s’aperçoivent que notre corps peut également élaborer des tranquillisants comparables aux benzodiazépines, ainsi que d’autres substances, apparentées à la cocaïne. En 2002, l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) enfonce le clou : la pratique régulière de la course à pied, affirme-t-il, « peut conduire à une forme de dépendance similaire à celle qui se développe avec les opiacés ou d’autres drogues ». Cela expliquerait pourquoi on trouve autant d’anciens sportifs parmi les toxicomanes, selon l’OFDT. Enfin, en 2004, la revue NeuroReport établit un lien entre activité physique et cannabis endogène. En résumant grossièrement, une heure de course à pied vaudrait un joint de marijuana ! Cependant, et ce point est essentiel, l’Université de Californie et l’Institut des technologies de Géorgie démentent l’implication des endorphines dans le phénomène de la « dépendance » à la course à pied. Quant à la théorie de la dépendance aux endorphines, elle a pris du plomb dans l’aile. En effet, des recherches récentes ont prouvé que ces substances possédaient des propriétés antalgiques, mais on n’a trouvé aucun élément en faveur d’un effet euphorisant. Donc, elles apaisent la souffrance du sportif, mais ne lui font pas l’effet d’un « shoot ».

Par ailleurs, si l’on part du principe que les endorphines sont essentiellement dévolues à combattre la douleur, il faut admettre qu’elles peuvent difficilement entrer en action lors d’un effort modéré. Pourquoi l’organisme se fatiguerait-il à produire des antalgiques dont il n’a pas besoin ? La théorie de la dépendance du sportif ne peut logiquement se rapporter qu’aux efforts pénibles. Mais là encore, il y a un hic. Les endorphines étant destinées à calmer la douleur, elles empruntent nécessairement ce qu’on appelle communément le « circuit de la douleur », comme la morphine de synthèse administrée aux patients hospitalisés. Et dans de telles circonstances, on ne devient pas dépendant. La drogue est littéralement « mangée » par la souffrance. La conclusion qui s’impose une nouvelle fois est que le seul bénéfice du sportif à sécréter des endorphines est d’avoir moins mal. Alors, comment expliquer cette dépendance ? Dans l’état actuel des connaissances, les scientifiques pensent plutôt qu’elle est d’ordre psychologique. La bonne humeur du sportif découlerait de la satisfaction d’avoir évacué des tensions, tout simplement.

Au lieu de dépendance, il faudrait parler de conduite obsessionnelle. L’Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estime à 4 % le pourcentage de sportifs qui entretiennent un rapport d’ordre compulsif avec l’exercice physique. Détail important, ce serait essentiellement le fait d’athlètes de haut niveau et d’adeptes de disciplines extrêmes. L’habitué du jogging dominical (et donc la vaste majorité du peloton de la Course de l’Escalade) ne fait pas partie de la population à risque. Les scientifiques ont élaboré des tests psychologiques pour détecter les sujets concernés. Aucun de ces outils d’évaluation n’ayant été validés, leur caution est toute relative. Le plus abouti a été développé sur la base des travaux du Dr Dan Véléa, psychiatre au centre médical de Marmottan, à Paris. « Pour certains sportifs, la répétition des entraînements, l’accoutumance du corps au mouvement, la ritualisation et la répétition des gestes peuvent prendre une dimension compulsive, voire une addiction au geste. Ces sportifs ressentent la nécessité de remplir un vide de la pensée ou un vide affectif », affirme le médecin.

Une addiction que l’on pourrait qualifier de « positive »

Un élément capital de la dépendance au sport est la notion de tolérance, c’est-à-dire qu’il y a un phénomène d’accoutumance. Certains répliqueront que c’est le propre de l’entraînement que d’améliorer les capacités physiques de l’individu. Un autre trait caractéristique est l’apparition d’un syndrome de sevrage en cas de privation d’exercice. Enfin, on a observé des signes de culpabilité les jours « d’abstinence ». On estime que plus de 70 % des marathoniens se sentent coupables lorsqu’ils ratent un entraînement. Ce sentiment ne se retrouve que chez 43 % des adeptes de petites courses. Les recherches tendent à démontrer une corrélation positive entre le kilométrage et les manifestations de dépendance. Le terme « addiction positive » a été utilisé pour la première fois par le psychiatre américain William Glasser en 1976. Il désigne une dépendance ayant des conséquences bénéfiques, comme la course à pied, par opposition aux addictions négatives comme la toxicomanie ou l’alcoolisme.

* Article publié par Francesca Sacco


Voir en ligne : Le Temps.ch

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