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Christine Arron veut enfin s’installer au sommet

D 6 août 2005     H 17:43     C 0 messages


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Août 2004, Athènes, dans un couloir du stade olympique. Christine Arron affronte les regards de la presse incrédule, puis ses questions, perplexes et embarrassées. Elle vient de gâcher, par un départ du mauvais pied, puis une ligne droite sans ressort, sa chance d’obtenir une médaille d’or aux jeux. Cinquième en demi-finales du 100 m, elle s’échappe par une porte de service. La veille, elle se disait pourtant "en pleine forme ", sûre de sa force, confiante dans sa vitesse. Plus tôt dans la saison, elle avait tout gagné, ou presque.



Août 2005, Helsinki, sous une tente de toile du village des athlètes. Christine Arron fait face aux journalistes, souriante, détendue, avenante. Deux journées la séparent encore de son entrée dans la compétition, la finale du 100 m est programmée lundi 8 août, à 20h35. Elle vient juste de finir une séance d’entraînement, arrosée par une averse, à l’heure du déjeuner. Elle se dit "impatiente de s’exprimer " sur la piste, en bonne forme, confiante dans le travail effectué. Plus tôt dans la saison, elle a encore tout gagné, sur 100 m, trois étapes de la Golden League, à Paris, Rome et Oslo. "Mais j’ai quand même perdu une course, à Lausanne, où je termine troisième" , tempère-t-elle.

Douze mois ont passé depuis les jeux d’Athènes. Christine Arron n’a pas changé. Même sourire, même regard. Et ces mots, identiques, pour se raconter aux curieux. Il y a un an, son illusion de supériorité n’avait pas résisté à une demi-finale olympique. Un rendez-vous manqué, un de plus, nouvel accroc dans une carrière où l’échec revient souvent au plus mauvais moment. Un problème mental, avait-on conclu, faute de trouver mieux. Difficile, en effet, d’incriminer ses qualités de sprinteuse, elle dont le record sur 100 m (10"73) la place au 3 ème rang de l’histoire.

Qu’en sera-t-il, cette fois ? La question lui tourne autour comme un essaim de moucherons. Elle n’en sait rien, naturellement. Mais sa nature et ses quelques certitudes l’entraînent sans peine à croire au lendemain. " J’ai plus d’expérience, lâche-t-elle. Et surtout, cette année, j’ai pleinement confiance dans ma préparation, tout ce travail encaissé à l’entraînement. J’ai vraiment bien bossé, plus encore que l’an passé". Au printemps, notamment, son retour en métropole après un séjour en Guadeloupe l’a vidée de ses forces. Trois semaines à enchaîner les séances de musculation, en insistant sur des mouvements "excentriques", où l’athlète doit retenir une charge, sans avoir à la pousser.

Plus solide

"Un jour, Guy (Ontanon, son entraîneur) m’a même menti, en mettant 590 kilos à la presse, alors que j’étais persuadée d’en avoir 20 de moins" , raconte-t-elle. L’effort l’a amenée à repousser ses limites, au risque de frôler la rupture. "Je ne pourrais plus supporter un tel régime d’entraînement. Mais les résultats valaient le coup ". Aujourd’hui, elle se dit plus puissante, plus solide sur ses jambes.
En juillet, un chapelet de courses l’a également convaincue qu’un mauvais départ, sa plus fâcheuse habitude, ne pourrait plus l’empêcher de filer vers la victoire. "J’ai compris que, dans une telle situation, après un mauvais temps de réaction, je ne dois pas chercher à me relever tout de suite, explique- t-elle. Cette année, je peux compenser une mauvaise mise en action par une plus grande capacité d’accélération." Elle l’a prouvé à Oslo, fin juillet, terminant en trombe, et en tête, un 100 m entamé à la traîne. "Guy m’a assuré que mon départ avait vraiment été "vilain’’, mais j’ai quand même gagné".

L’adversité ? Le sujet ne la passionne pas. "Je ne vais sûrement pas m’amuser à lire les temps des autres filles en séries", tranche- t-elle. Le nom de la championne olympique en titre, la biélorusse Yuliya Nesterenko, passe sous ses regards. Elle l’ignore. "Nesterenko ne m’intéresse pas. Cette saison, elle n’a couru qu’une seule fois, en 11"47. Je ne sais pas où elle en est, mais si elle réalisait 10"90 en séries, dimanche, je serais en droit de me poser des questions à son sujet".
Plus tôt dans la semaine, Christine Arron a fait les gros titres de la presse allemande, en expliquant au Süddeutsche Zeitung se considérer comme la "vraie recordwoman du monde du 100 m", son record d’Europe sur la distance (10"73) n’étant devancé dans les bilans que par les temps des américaines Florence Griffith-Joyner (10"49, en 1988) et Marion Jones (10"65, en 1998).

La première a emporté son secret dans la tombe. La seconde, fortement secouée par la tornade médiatique de l’affaire Balco, a tiré un trait sur sa saison en juin, quittant les épreuves de sélections pour les championnats du monde sans même avoir posé une seule foulée sur la piste. "Griffith, son temps n’est pas humain , plaide aujourd’hui Christine Arron. Courir en 10"60, pour une femme, c’est sans doute possible. Mais plus vite, je n’y crois pas, sauf à avoir recours au dopage. Quant à Marion Jones, j’ai forcément des doutes, je m’interroge sur ses performances".
Son départ ne l’empêche plus de dormir, ses cuisses sonnent comme le métal, son accélération laisse de la gomme sur le tartan. A Helsinki, Christine Arron fait plaisir à voir. A la voir balayer d’un geste la foule de ses rivales, réécrire l’histoire pour s’y glisser en meilleure place, on devine sans peine une assurance de première de la classe. Mais elle était déjà ainsi, à quelques nuances près, à la veille de pousser la porte du stade olympique d’Athènes. "Mais le temps passe, les années ne se ressemblent pas, et chaque course est différente de la précédente" , veut-elle croire.

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