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Interview de Stéphane Diagana

D 16 janvier 2005     H 00:28     C 0 messages


Fraîchement retraité, tout nouveau diplômé, Stéphane Diagana débute une nouvelle vie avec 2005. Chargé de mission auprès de la Fédération Française d’athlétisme, le champion d’Europe du 400 mètres haies souhaite prendre le temps de se trouver. Il se confie à l’occasion d’une visite dans nos locaux...




- Pouvez-vous revenir sur la saison 2004 et votre souhait de mettre un terme à votre carrière avant l’échéance olympique d’Athènes ?
La saison dernière ne s’est pas passée, forcément, comme je le souhaitais. Je savais, dès le début de l’année, que c’était un pari difficile. La dernière année lors de laquelle j’avais pu vivre pleinement les choses, c’était en 2002, avec le titre européen, mais je savais que la suite était très aléatoire. J’ai tourné la page, parce que j’avais décidé, quoi qu’il arrive, Jeux ou pas Jeux, titre ou pas titre, d’arrêter. Il était temps pour moi. C’est une décision qu’il a été difficile de prendre car je l’ai faite dans des conditions difficiles de renoncement aux Jeux. Mais, très vite, j’ai embrayé sur autre chose. Parallèlement, j’ai terminé mon diplôme et je me suis dit que j’allais pouvoir explorer les différentes voies possibles qui s’offraient à moi. Tous les jours j’en découvre. C’est, à la fois, agréable et un peu difficile. Ma seule inquiétude est de réussir à faire le bon choix par rapport à ce que j’ai envie de faire, et de ne pas faire forcément ce que les gens attendent de moi. Il est important de ne pas me tromper. J’ai vécu 15 ans dans la passion et je n’ai pas envie, après, dans mon métier de traîner la patte pour aller travailler le matin.

« Je ne regrette rien »

- Pourquoi ne pas avoir voulu, comme Jean Galfione, tenter de poursuivre une saison supplémentaire pour aller jusqu’aux Mondiaux d’Helsinki ?
Tout dépend de ce que l’on a vécu, de ce que l’on ressent. La situation de Jean est un peu différente. Il a été très peu blessé au début de sa carrière. Entre 2000 et 2004, il a eu énormément de blessures qui ne lui ont pas permis, depuis lors, de re-goûter au haut niveau. Il sent que, potentiellement, c’est encore faisable et il en a envie. Il a envie de finir avec des sensations, des sensations qu’il n’a pas vécues depuis longtemps. Il se donne encore une année et après, il sait que l’entêtement ne sert à rien et que ce ne sera plus possible si cela ne passe pas. Pour moi, c’était différent. J’avais planifié : 2000 et 2001 ont été deux saisons difficiles, si 2002, ne se passait pas bien, j’arrêtais. Or, 2002 a été une excellente saison avec un titre européen et une deuxième place en finale du Grand Prix. Cela m’a relancé pour deux échéances importantes, dont l’une à Paris. Je me suis dit : « maintenant, tu en es là, tu es capable de courir 47’’50 à 33 ans donc, tu seras capable de courir 47’’80, au pire, en 2004. Tout cela vaut le coup et peut te permettre d’envisager un podium aux Jeux Olympiques. » Je suis reparti mais, malheureusement, cela ne s’est pas passé comme je le voulais. Mais je ne regrette rien. C‘est un parcours, cela fait partie de ma vie. C’est formateur de se confronter à cette difficulté, à cette réalité.

« Je ne veux pas me précipiter »

- Vous vous êtes engagé auprès de la Fédération. En quoi consiste votre rôle ?
Je suis élu au comité directeur après avoir refusé la direction des équipes de France et de l’élite. J’ai refusé, parce que c’était trop tôt compte tenu des relations que je peux entretenir avec les autres athlètes, et que cela ne concordait pas avec mon projet de vie actuel. Par contre, j’avais envie de m’investir dans la Fédération. J’ai des missions qui sont à définir.

- Les relations que vous entretenez avec les autres athlètes ne peuvent-elles pas, a contrario, être un plus ?
C’est un plus dans certains cas, un moins dans d’autres. C’est toujours délicat de passer d’un mode de relation à un autre. Ce n’est pas un problème qui m’effrayait, mais je pense qu’il est nécessaire de prendre du recul, de bien connaître la Fédération de l’intérieur, d’être un peu dans les coulisses pour regarder. Tout cela me permettra de mieux me positionner. Et puis j’ai le temps, je ne veux pas me précipiter. Je pense que j’ai beaucoup à apprendre en observant et j’ai d’autres projets qui ne sont pas, pour le moment, compatibles avec cette fonction.

- N’avez-vous jamais pensé devenir entraîneur ?
Il y a des athlètes qui me sollicitent dans ce sens-là parce que nous nous entraînions ensemble et qu’ils me verraient bien dans ce rôle-là. Maintenant, mes inspirations, à titre professionnel, ne vont, pour l’instant, pas dans ce sens-là. Je ne dis pas que, si je m’installe et que je m’établi, je n’entraînerais pas dans un club mais, que ce soit mon métier, pour le moment, ce n’est pas au programme.

- Lors de cette dernière saison, vous avez été sacré, a posteriori, champion du monde du 4X400 mètres. Que représente, pour vous, ce titre, récupéré plus d’un an après la course ?
C’est spécial. Nous sommes heureux et nous sommes fiers. Nous n’aurions d’ailleurs pas de raisons de ne pas l’être. Nous terminons à 8 centièmes d’une équipe qui avait, dans ses rangs, au moins un dopé, Calvin Harrisson, si ce n’est deux puisque, depuis, Jérôme Young a été suspendu, lui, à vie. Nous aurions tort de ne pas profiter de notre titre de champion du monde même si il est arrivé comme ça. Maintenant, c’est aussi une frustration parce que, une marseillaise pour le dernier podium des Championnats du monde à Paris, cela aurait été quelque chose d’immense. Ça, nous n’avons pas pu le vivre et nous ne le vivrons jamais. Il y a également la satisfaction de voir que la lutte anti-dopage fonctionne même si rien n’est parfait encore. Les procédures vont, maintenant, jusqu’au bout car, avant cette édition de 2003, un déclassement sur les Championnats du monde est une chose qui ne s’était jamais vue.

- Que retiendrez-vous de ces 16 années passées avec votre entraîneur, Fernand Urtebise ?
Ça a été un enrichissement mutuel. Je suis arrivé à l’âge de 18 ans, parti à 35 ans et, durant cette période là, j’ai passé plus de temps avec lui qu’avec mes parents. Ça a duré 16 ans, cela signifie que les choses fonctionnaient bien, qu’il y a eu de l’échange, que je lui ai laissé de la place, qu’il m’a laissé la mienne, que notre collaboration a été équilibrée et que nous avons trouvé notre compte. C’était une belle histoire et il y a eu beaucoup d’enrichissement mutuel. Ça a été une partie importante de ma vie et, heureusement, je suis tombé sur une personne comme lui, ça permet de prendre le bon cap.

« Naman (Keita) a des marges de progression importantes »

- Qu’avez-vous pensé de la saison de Naman Keita présenté, depuis votre départ à la retraite, comme votre successeur sur 400 haies ?
Ce n’est pas une surprise de le voir évoluer à ce niveau là. Je le connais depuis longtemps, je connaissais aussi son potentiel. Je savais qu’il fallait qu’il en prenne conscience et que les choses suivraient. Tout cela s’est déclenché en 2002, cela fait trois ans maintenant et, en trois ans, il est arrivé sur un podium olympique. Compte tenu de son niveau, de son potentiel, c’était tout à fait envisageable. Compte-tenu, également, des possibilités qu’offre le 400 mètres haies actuellement : le niveau permet d’aller prendre une médaille à 48’’20, Naman, en a eu conscience et je crois que c’est là qu’il a été clairvoyant. Il a bien su gérer sa saison. Il s’est dit : « je suis à ce niveau là, il faut que je fasse en sorte d’y être également aux Jeux et ça me classera où ça me classera » tout en se disant que, peut-être, cela lui offrirait un podium. Il a fait exactement comme ça. Il a fait une course comme il en a produit lors de ses meilleures sorties de la saison. Je pense qu’il peut encore progresser sur le plat, qu’il peut encore progresser techniquement parce qu’il perd encore beaucoup de temps sur l’obstacle mais il a encore des marges de progression importantes.

- Au niveau international, y a-t-il eu un athlète qui vous a marqué plus qu’un autre ?
Au niveau international, je pense qu’il faudra surveiller Bershawn Jackson. On ne l’a pas vu beaucoup parce qu’il a raté les sélections américaines mais on l’a vu gagner à Monaco, en l’absence de Félix Sanchez certes, mais avec un chrono sous les 48. A mon avis, c’est le gars à surveiller. Il n’est pas fiable techniquement, mais il est très rapide sur le plat et si il commence à prendre un peu d’assurance. Ça va être un sacré client.

- Qu’en est-il de Felix Sanchez qui a connu, pour sa part, une saison plus difficile qu’à l’accoutumée ?
On voit que Félix Sanchez a eu des problèmes physiques cette année alors qu’il n’en avait jamais eu parce qu’il a enchaîné beaucoup de saisons à haut régime. Ça risque d’être difficile pour lui ces prochaines saisons. Je pense qu’il a une bonne marge, qu’il va gagner de nombreuses courses mais il risque d’être plus souvent inquiété qu’il ne l’a été ces dernières années notamment par quelqu’un comme Jackson et, espérons, par Naman.

- Sur le plan français, quel athlète vous a le plus marqué cette année ?
C’est Ladji Doucouré. Ça a été un tel éclat en matière de talent, de potentiel, que ça n’a trompé personne. C’est l’émergence, pour le grand public, de quelqu’un au talent exceptionnel. Moi, j’ai peu connu de gens aussi doué que ça en athlétisme à part Marie-José Pérec, peut-être Christine Arron et encore, j’hésite.

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