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L’ombre des loteries payantes sur l’esprit des grands marathons

Publié le jeudi 4 décembre 2025 à 12h58min

Dublin, New York, Chicago : la polémique autour du tirage au sort payant du marathon de Dublin met en lumière un débat mondial sur l’équité des systèmes de sélection et sur la compatibilité de ces modèles économiques avec l’idée de course populaire, accessible et inclusive pour tous les coureurs.​

Quand la polémique locale devient débat global
La controverse déclenchée par la loterie payante du marathon de Dublin dépasse largement les frontières irlandaises et pose une question qui concerne l’ensemble des grands marathons internationaux. En mettant en place un tirage au sort assorti d’un frais non remboursable pour des dizaines de milliers de candidats non retenus, les organisateurs ont ravivé un débat ancien : jusqu’où peut-on monétiser l’accès à la ligne de départ sans trahir l’esprit de la course de masse, fondé sur le partage, l’équité et l’inclusion.​

Le cas Dublin : Un tirage au sort à 5 € qui fâche
Pour l’édition 2026, le marathon de Dublin a remplacé son système de priorité par un ballot d’entrée, accompagné d’un frais administratif de 5 € facturé à chaque candidature. Cette somme est déduite du prix d’inscription pour les coureurs tirés au sort, mais reste acquise à l’organisateur pour les non-sélectionnés, ce qui a généré environ 149 000 € auprès de près de 29 800 coureurs restés sur la touche, sur un total de candidatures très supérieur au nombre de dossards disponibles.​

Des bénéfices qui alimentent la défiance
Dans le même temps, la société qui gère le Dublin Marathon a annoncé plus d’un million d’euros de bénéfices cumulés sur deux ans, ce qui renforce la perception, chez une partie des coureurs, que la loterie payante sert davantage à alimenter la marge qu’à couvrir de simples coûts de gestion. Les organisateurs expliquent que le frais de 5 € sert à financer le système de ballot, la sécurité des données, la vérification des inscriptions et le service client, tout en rappelant la hausse générale des coûts dans l’événementiel, mais cette justification ne suffit pas à calmer un sentiment d’injustice chez de nombreux amateurs.​

Quand l’éthique se heurte au modèle économique
Sur le plan éthique, le cœur du problème n’est pas tant le tirage au sort en lui-même, largement accepté comme solution lorsque la demande dépasse l’offre, que l’idée de faire payer des coureurs pour… la possibilité de ne pas courir. La question devient alors : un frais non remboursable imposé aux non-sélectionnés est-il compatible avec la philosophie de la course populaire, ou s’agit-il d’un glissement vers une logique de « taxe sur l’espoir », difficile à concilier avec les valeurs de transparence et de partage que le marathon revendique souvent.​

Les grands marathons et la loterie : Un modèle pas si uniforme
Le débat est d’autant plus vif que la plupart des grandes épreuves, comme New York ou Londres, utilisent des loteries d’entrée sans frais de participation distincts pour le simple fait de s’inscrire au ballot. Le coureur ne paie l’intégralité de ses frais d’inscription qu’en cas de sélection, ce qui limite la sensation de « payer pour rien », même si les chances de réussite restent très faibles face à des volumes de candidatures qui peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de demandes.​

Quand la non-remboursabilité devient la norme
À côté de la question du frais de loterie, un autre sujet nourrit le malaise : la généralisation des droits d’inscription non remboursables, même pour les coureurs déjà acceptés. À Chicago, par exemple, les frais d’inscription 2026 sont non remboursables, avec un système de report payant sur l’édition suivante et une option de « registration refundable » moyennant un supplément, ce qui illustre un modèle où le risque financier pèse en premier lieu sur le participant.​

Fairness, transparence et psychologie des coureurs
Des analyses menées sur les systèmes de loterie dans les grands événements montrent que l’acceptation par les coureurs repose autant sur la perception de la justice procédurale que sur le résultat. Un tirage au sort est mieux accepté lorsqu’il est gratuit, transparent, assorti de règles claires (multiplication des chances pour les « perdants » récurrents, programmes de fidélité, critères temps ou club) et lorsqu’il ne donne pas l’impression de transformer la frustration en ligne de revenus pour l’organisateur.​

New York, Londres, Western States : Des variantes de l’équité
Le marathon de New York illustre cette logique hybride : la place au tirage au sort est complétée par des voies parallèles comme le programme « 9+1 » (neuf courses et un bénévolat), des temps qualificatifs, ou des dossards caritatifs, ce qui permet de récompenser la fidélité et l’engagement plutôt que la seule chance. De son côté, Londres combine une vaste loterie, un dispositif « Good for Age » pour les coureurs rapides et un large contingent caritatif, tandis que la Western States Endurance Run renforce les probabilités des candidats recalés année après année, afin de reconnaître la persévérance.​

Quand la confiance se fissure
Dans le cas de Dublin, la disparition d’anciens systèmes de priorité pour les habitués, combinée au nouveau frais de ballot, a accentué chez certains groupes de coureurs le sentiment de rupture de contrat moral avec l’organisation. Des entraîneurs de clubs locaux rapportent ainsi la déception de coureurs ayant enchaîné plusieurs éditions mais restés cette fois sans dossard, tandis que de nombreux amateurs pointent la spécificité irlandaise de ce frais de 5 €, absent d’autres grands marathons cités en comparaison.​​

Tirage gratuit, liste d’attente et alternatives possibles
Plusieurs observateurs défendent l’idée qu’un tirage au sort gratuit, accompagné d’une liste d’attente structurée, préserverait davantage la confiance et la légitimité du processus, quitte à augmenter légèrement les frais d’inscription des heureux élus pour absorber les coûts informatiques et administratifs. Une autre piste consiste à instaurer un système de priorité progressive pour les « perdants » récurrents, ou à réserver une proportion de dossards aux participants locaux et aux primo-marathoniens, afin que l’aléa de la loterie ne soit pas le seul principe d’accès.​

Loteries payantes : Vers un encadrement plus strict ?
Sur le plan juridique, certains spécialistes du droit du sport rappellent que des dispositifs d’inscription assimilables à des loteries payantes ont déjà fait l’objet de contrôles et de sanctions dans d’autres disciplines lorsque les autorités ont estimé qu’ils se rapprochaient de jeux de hasard mal encadrés. L’exemple d’organisateurs d’événements d’endurance contraints de renoncer à une partie de leurs recettes issues de loteries payantes montre qu’un cadre légal plus strict peut émerger lorsque l’équilibre entre financement de l’événement et protection des participants apparaît rompu.​

Une responsabilité partagée entre organisateurs et coureurs
Pour autant, la pression économique qui pèse sur les grands marathons ne peut être ignorée : sécurisation du parcours, dispositifs médicaux, communication internationale, logistique et inflation générale expliquent aussi la tentation de diversifier les sources de revenus au-delà du seul droit d’inscription. La responsabilité des organisateurs est alors de concevoir des modèles qui restent compréhensibles, lisibles et justifiables, tandis que les coureurs conservent le pouvoir de sanctionner les pratiques jugées abusives en se tournant vers d’autres épreuves ou d’autres formats de course.​​

Rendre aux marathons leur vocation populaire
Au-delà du cas de Dublin, la polémique sur les loteries payantes rappelle que les grands marathons ne peuvent plus se contenter d’invoquer l’argument de « la demande supérieure à l’offre » pour justifier tout modèle économique. En choisissant des tirages au sort gratuits ou des systèmes de liste d’attente, en assumant des frais d’inscription transparents et en articulant chance, mérite et engagement, les organisateurs disposent de leviers concrets pour concilier équilibre financier, justice perçue et vocation populaire, afin que chaque dossard reste d’abord une invitation à partager une fête sportive, et non un ticket de loterie payant.​


Voir en ligne : Marathons.fr



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