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Le pari olympique de 2012

D 15 mars 2005     H 15:24     C 0 messages


L’intensité et l’œcuménisme des efforts déployés par les promoteurs de la candidature de Paris pour les JO de 2012, afin de convaincre la commission d’évaluation du CIO pendant sa visite dans la capitale, soulignent l’importance de l’enjeu. Pourtant, au-delà de la communion dans l’esprit olympique, l’ampleur de "l’effet jeux", autrement dit le retour sur investissement, est très difficile à estimer pour Paris.





Les JO de 2004 ont laissé en héritage à Athènes d’importantes infrastructures sportives. Ce serait beaucoup moins le cas à Paris. L’essentiel existe déjà, en particulier le site d’accueil de la discipline phare des jeux d’été, l’athlétisme. Le stade de France de Saint-Denis a obtenu, avec le mondial de football de 1998, puis les championnats du monde d’athlétisme en 2003, une consécration planétaire. L’une des nouvelles infrastructures prévues, l’extension du stade de Roland-Garros, au détriment du bois de Boulogne, suscite du reste la seule opposition sérieuse. Cela n’a pas échappé à la commission d’évaluation du comité international olympique pendant sa visite dans la capitale.
Au-delà des équipements sportifs, les problèmes essentiels de la capitale sont, d’un côté, le vieillissement, l’embourgeoisement de la population et la perte d’activités économiques, liés à la flambée de l’immobilier ; de l’autre, les transports, avec la congestion du trafic francilien et la pollution due à la circulation automobile.

Du point de vue de l’activité économique, toute nouvelle dynamique est bonne à prendre pour Paris, qui a perdu plus de 200000 emplois depuis 1990. Les travaux préparatoires apporteraient de multiples chantiers, avec des besoins en main-d’œuvre. Pour la suite, une étude du Boston Consulting Group, un bureau de conseil en stratégie, affirme que les jeux créeraient quelque 40000 emplois, partagés entre le tourisme et l’industrie du sport. Mais le chiffre, repris à son compte par Bertrand Delanoë, le maire PS de Paris, vaut pour l’ensemble de la région Ile-de-France.
En termes de rayonnement et d’attractivité, se trouver au centre de l’attention du monde entier, pendant plusieurs semaines, est une formidable publicité, qui vaut tous les efforts engagés. Même si Paris demeure la première destination touristique mondiale (chiffres 2002).
Certaines villes ont été transformées par l’accueil des jeux. Ceux de 2004 ont contribué à doter la capitale grecque d’un nouvel aéroport. Grâce à ceux de 1992, Barcelone a opéré un profond renouvellement de son tissu urbain, avec un beau quartier neuf en bord de mer. A Paris, il en ira différemment.
La construction puis la reconversion du village olympique en immeubles d’habitation, sur le site des Batignolles (45 hectares pour une superficie parisienne intra-muros de 10500 hectares), ne changeront pas le visage de la ville. L’opération augmenterait le parc immobilier dans des conditions financières avantageuses pour la mairie, mais, compte tenu de l’ampleur du problème du logement, elle ne pourra avoir qu’un impact limité. Sur le plan des transports parisiens, les JO devraient surtout accélérer la réalisation d’infrastructures prévues de toute façon, en particulier de nouveaux tronçons du tramway des maréchaux.

Parmi les acteurs de la vie de la cité, Paris 2012 a créé des synergies et une dynamique plus importante que lors du précédent essai (en 2001 pour les JO de 2008). De la RATP au syndicat interdépartemental pour l’assainissement (SIAAP) des eaux, de multiples acteurs privés ou publics se sont rassemblés, même s’ils font aussi leur propre publicité.
Tout en se disant favorables aux JO, les manifestants du 10 mars scandaient : "2012, c’est dans sept ans !" Mais le jour venu, au vu de la ferveur populaire suscitée, en 1998, par le mondial de football, il est facile d’imaginer que Paris et la France, qui n’ont pas accueilli de jeux d’été depuis 1924, ne penseraient plus qu’à ça pendant les 17 jours que dureraient les jeux.
Les oppositions politiques aux jeux, enfin, sont limitées. La droite a emboîté le pas au maire de Paris et au président de la république. Chez les verts parisiens, un débat interne s’est soldé par une courte victoire du "oui". Les critiques principales portent sur l’oubli de la décentralisation, l’argent, le dopage et parfois l’exaltation de l’idée même de compétition.

Sport et argent

De fait, la grande fête des sports est aussi celle de l’argent, ce qui nourrit un argument altermondialiste : oui aux jeux, mais dans le tiers-monde, pour donner un coup de pouce au développement. Sur le plan de l’argent, Mr Delanoë apporte une réponse locale et limitée, mais concrète, avec des tarifs qui feront que ces jeux soient plutôt abordables. De même, sur le plan de la solidarité, l’une des caractéristiques du projet est d’associer aux JO une partie de la banlieue. Et pas n’importe laquelle : la Seine-Saint-Denis, où serait par exemple construite la piscine olympique. Banlieue emblématique du mal-être des cités, et lieu d’un nouveau dynamisme économique et culturel, ce département du nord-est parisien a tout à gagner d’un nouveau coup de projecteur.
Pour les quelques opposants, l’organisation dans la capitale des JO de 2012 serait enfin une nouvelle manifestation du "centralisme parisien". Ce qui conduit par exemple la fédération régions et peuples solidaires, regroupement de mouvements autonomistes ou indépendantistes de France et d’Espagne, à s’opposer au projet. Il est à noter que ni Jean-Claude Gaudin (UMP) ni Gérard Collomb (PS), respectivement maires de Marseille et Lyon, ne s’inscrivent dans cette problématique. Interrogé, Mr Gaudin souligne que "Marseille jouera le jeu totalement avec Paris, et avec joie !" En écho, Mr Collomb affirme : "Nous sommes totalement derrière Paris et derrière Bertrand Delanoë, sans problème. Il y a d’autres moyens d’affirmer une volonté décentralisatrice".

Mr Collomb demandera ainsi au gouvernement que Lyon accueille une conférence prévue en 2006 sur le climat. Par ailleurs, la création de la seule infrastructure de transports vraiment liée aux jeux bénéficierait à la façade ouest de l’hexagone, qui s’inquiète de sa place en Europe depuis l’élargissement à l’Est : les JO apporteraient un TGV Paris-La Rochelle, pour les épreuves de voile dans le port de Charente-Maritime.
Sur le plan politique, parmi les personnalités engagées dans Paris 2012, le maire a été omniprésent dans les médias. C’était son rôle. Mais en mêlant avec talent, professionnalisme et modestie, comme il l’a encore fait lors de la visite du comité d’évaluation du CIO, il est parvenu à s’identifier totalement avec les jeux, au point de devenir une sorte de maire olympique.
Sauf catastrophe, les JO pourraient être décisifs pour sa réélection à la mairie, en 2007 ou 2008 (selon la date choisie). Au passage, même si l’aventure olympique est le fruit d’une coopération active droite-gauche, le maire clouerait le bec à son opposition municipale, qui l’accuse de faire de Paris une "ville musée" repliée sur elle-même. L’argument deviendra difficile à manier si la capitale est choisie pour accueillir la fête de la jeunesse par excellence. Sans oublier que Mr Delanoë pourrait s’intéresser à une autre échéance politique qui, justement, tombe... en 2012.

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