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Le long combat des femmes au Marathon


Publié le dimanche 30 décembre 2007 à 00h46min

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Parce que tiraillée entre une compétition fédérale reconnue olympique dès les premiers jours et la récupération d’une course par les tenants du « hors-stade », sa porosité nous permet de visualiser finalement une longue négociation de son attribution par les femmes.




Si l’on en croit les pensées de Tom Derderian, 1972 reste l’année où naquit la femme-coureur : Boston les accepte officiellement à son marathon ,et New- York leur réserve un mini- marathon. Tout nouveau, tout beau : on n’y crut pas tout d’abord. Les hommes avaient du mal à se convaincre que les femmes savent courir.

Car auparavant cette pratique se révèle être clandestine. L’anecdote la plus connue est celle de Kathrine Switzer, 20 ans, étudiante à l’université de Syracuse qui se déguise en homme- habillée en survêtement - au marathon de Boston le 19 avril 1967. Ce n’est pas tant par sa prestation chronométrique bouclant tout de même la distance dans un temps honorable de 4h20, mais plutôt par son exploit à échapper aux regards institutionnels de sa turpitude que son action courageuse est évoquée car, elle savait pertinemment que l’avenir des femmes marathoniennes se trouvait dans ses mains, ou plutôt dans ses jambes, dans sa tête, dans ses tripes. Aussi fatiguée soit- elle, elle devait,coûte que coûte aller au bout de ces satanés 22 miles." Sinon son intrusion n’aurait jamais constitué qu’un coup d’épée dans l’eau ». Son compagnon Thomas Miller est obligé d’avoir recours à la force à plusieurs reprises durant l’épreuve, les commissaires de course voulant arrêter dans son élan miss Swister et ce parfois de façon très agressive.

A cause de cette participation anonyme elle se fait suspendre par la fédération américaine d’athlétisme(A.A.U) mais elle devient officiellement la première femme ayant couru de bout en bout,avec un dossard, au vu et au su de tout le monde, un marathon. Une victoire considérable sur les réticences masculines à autoriser ces femmes à concourir publiquement.

En France Michèle Baudein doit se faire, elle, très discrète pour courir l’épreuve de Sedan-Charleville (24 kilomètres) en 1972 : « j’ai demandé à concourir en fournissant un certificat médical et en donnant la caution de mon club. Hélas malgré ces précautions j’ai dû courir en clandestine, laissant environ 150 garçons derrière moi, dont 4 gars de mon club ».

Même dans le cas où en avril 1972 elles peuvent enfin se présenter officiellement au 76ème marathon de Boston et se confronter enfin aux hommes, ce n’est pas pour autant gagné dans toutes les épreuves fédérales. Notamment dans les courses encore réputées difficiles comme les courses de montagne.

Ainsi sur la course entre Morat et Fribourg en Suisse en 1973, cette même loi salique est encore appliquée et Katy Swister brave de nouveau ces interdits. Par ce nouvel exploit, elle est d’ailleurs accueillie avec tous les honneurs par beaucoup de supporters, et même par l’organisation du onzième marathon de San-Blas à Porto Rico.

Est ce dû en grande partie par l’image qu’elle dégage : pionnière et surtout clandestine ?

On pourrait s’en convaincre mais ses propos sont bien différents d’une héroïne lorsqu’elle dit : “J’étais la première femme à courir à San- Blas. Et pour cela, toute la petite ville était en attente. La plupart des gens me considéraient comme un animal étrange (...). Cela m’énervait.

Combien de temps nous faudrait-il encore et toujours non pas seulement courir, mais nous défendre, faire nos preuves ?

Mais dans ce début des années 70, les femmes se reconnaissent bien dans ce mouvement de la course sur route, mouvement qui dans un premier temps contestataire surprend par la nouveauté que beaucoup ne pensaient pas trouver dans une pratique aussi ancienne (nouveauté qui est le refus des « routards « de tourner en rond sur une piste - les « pistards ») et de séparer les concurrents lors de courses : les débutants de l’élite ; les femmes, des hommes ; les jeunes, des moins jeunes, etc . .

En France, rendons hommage aux pionnières, car sous l’impulsion de femmes comme Michèle Baudein, Chantal Langlacé, Lilly Reffray, Denise Seigneuric, Annick Loir, Fabienne Curiace, Sharff et Ingrid Schoving, les courses sur route et le marathon s’ouvrent dès les années 1974 doucement aux athlètes.

Aussi sont-elles très présentes dans les grandes courses comme ce premier-quoique officieux- championnat mondial de marathon en 1974 organisé à Wadniel en Allemagne. Juste un retour aux sources, car c’est à Wadniel en effet que demeure le docteur Van-Aaken, initiateur et organisateur de ces championnats. Et ce docteur non seulement réussi à faire appliquer un peu partout dans le monde les principes de sa méthode d’entraînement, axée sur la course d’endurance gage de longue vie et de santé, mais il ne cesse de lutter pour que peu à peu la femme ait le droit de pratiquer en compétition le marathon ; car ce sport lui va comme un gant, tant sont grandes ses qualités naturelles d’endurance et méconnue son aptitude physiologique à surpasser l’homme lors des efforts de longue haleine.

Il affirme d’ailleurs à la fin de ces premiers championnats du monde, qui sont pour lui une belle réussite : " Je ne cesserai de lutter avec force, jusqu’à ce que le marathon féminin soit admis aux Jeux Olympiques. Il y a d’ailleurs certains signes qui font penser qu’en 1980 ce sera devenu réalité ». Dans son discours il rend un bel hommage à une athlète française en qui il voit se profiler un bel avenir sportif : Chantal Langlacé, jeune femme de 20 ans. Peu de temps après, en octobre 1974, Chantal Langlacé bat la première performance mondiale au marathon en 2h46’24 au marathon de Neuf-Brisach. Elle réédite son exploit en 1977 au marathon d’Oyarzun (San-Sébastien ) en 2h35’ 15.

Le quotidien « l’Equipe » titre et la surnomme « Marathon Woman ».

Même si le Docteur Van-Aaken s’avance beaucoup lorsqu’il annonce l’irruption du marathon féminin aux Jeux Olympiques de 1980, l’évolution s’immisce à grands pas. Les femmes sont acceptées au championnat de France de marathon organisé en 1980 et, en 1983, le marathon féminin est officialisé aux premiers championnats du monde d’athlétisme.

C’est véritablement en 1984 que se fait la percée car le 3000m et surtout le marathon sont ajoutés aux Jeux Olympiques.

Mais « l’image d’Epinal »gravée à jamais sur ce premier marathon Olympique est celle de la suissesse Schies, trente-troisième en 2h 48mn, arrivant en titubant et grimaçant dans son ultime effort « mais qui aussitôt focalise l’attention des charognards, hyènes ou chacals ».

Ainsi, 56 ans après 1928, le 800m est devenu compatible avec la féminité, le marathon à ce qu’il semble ne l’est toujours pas.

L’essentiel n’est-il pas que ces femmes soient admises et reconnues ?

Nous sommes en droit de nous poser cette question car à partir de cet instant, historique, les femmes entrent de plein pied dans l’espace compétitif des hommes, celui des tableaux de performances, des comparaisons possibles.

De ce fait, le tableau de progression des meilleures performances mondiales féminines au marathon est un témoin utile car il nous montre l’évolution vertigineuse de ce record à partir des années 1970. On y constate une recrudescence des meilleurs chronomètres ainsi qu’une évolution de plus de trente cinq minutes en une décennie (1970- 1980).

Le chronomètre est la preuve irréfutable de cette progression et la comparaison devient alors inéluctable. Gaston Meyer n’estime t’-il déjà pas en 1961 que "l’athlétisme, parce qu’il ne dépend que de la mesure objective des qualités humaines, permet de comparer des générations entre elles".

Dans les années 80, on parle même de femmes qui, d’après des calculs scientifiques vont réaliser des « chronos » impressionnants au marathon du vingt et unième siècle, pouvant même rattraper les hommes.

Pour tempérer cette prospective un peu hâtive ce même Gaston Meyer annonce en 1981 dans un quotidien sportif que « si les femmes s’élançaient vingt minutes avant les hommes, nous assisterions à une formidable course-poursuite à l’issue indécise. Quel fabuleux spectacle ! ».

De plus, en 1988 le chercheur François Perronet émet une hypothèse réservée. Son approche scientifique, réaliste, nous livre des chiffres un peu plus mesurés.

Il annonce : « Les records masculins progressent depuis près d’un siècle. On peut donc analyser cette progression et faire pour le futur des projections qui ont toutes les chances d’être fausses mais qui "paraissent raisonnables". Il n’en est pas de même pour les femmes. La progression des records est à la fois trop rapide et trop courte pour que l’on puisse l’analyser et faire des projections raisonnables ».

En France, l’évolution sur marathon est surtout visible à la fin des années 80.

Cela rejoint le constat effectué par Pierre Arnaud citant les effectifs sportifs féminins des années 1990 où près de 25% de ces licences sont attribuées à des femmes mais plus de 30% dans les seules fédérations olympiques.

Mais sur une épreuve comme le marathon, quelle victoire symbolique.

Cette acculturation athlétique de la course de fond par les femmes se révèle être une longue épreuve semée d’embûches. Obstacles liés à accepter pour les hommes tout d’abord le spectacle d’une femme en short, compétitrice de surcroît. Puis, celle d’une femme « endurante » capable de rivaliser avec ce sexe « dit »fort. Mais finalement et fort heureusement grâce à cette« élite de quasi- égaux qui se donne en représentation d’une collectivité au travers d’une compétition incertaine va pouvoir s’exprimer une masse de profondément inégaux exposés à la recherche de fins purement individuelles au travers d’un effort physique s’affichant sur une échelle de distribution des valeurs et des capacités de grande amplitude ».

Ainsi les femmes courent-elles mêlées aux hommes dans le sport à la queue leu leu, alors qu’elles sont séparées dans les épreuves ressortissant à l’autre genre.

Elles peuvent dorénavant pratiquer librement, voire s’accaparer leur propre mode de pratique identitaire, une sorte de revanche des dominées même si, pour une véritable mixité, il conviendrait de rechercher des pôles d’activité historiquement plus investis par les femmes.


Voir en ligne : SportVox


Auteur de l’article : Eric Lacroix, Professeur EPS et passionné de courses de montagne sous toutes ses formes...

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