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Lornah Kiplagat milite en courant

D 30 avril 2007     H 17:18     C 0 messages


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La coureuse Lornah Kiplagat, qui a terminé cinquième chez les femmes dimanche 22 avril au marathon de Londres, utilise les retombées de ses exploits sportifs pour venir en aide aux enfants et aux femmes de son pays d’origine, le Kenya.


Depuis quatre ans, Lornah Kiplagat participe à de grands courses internationales sous les couleurs néerlandaises. Mais ce n’est pas un pavillon de complaisance. Son mari et entraîneur, Pieter Langerhorst – qu’elle a rencontré lors de sa première participation au marathon de Londres, en 1997 –, est néerlandais. Le couple s’est installé dans le village de Groet, près d’Alkmaar, sur la côte nord, même s’ils passent la plupart de leur temps au Kenya, pays d’origine de Kiplagat. Ils y ont ouvert un centre d’entraînement en haute altitude, à Iten, une ville de la vallée du Rift située à 2 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Lancée en 1999, cette initiative vise à donner aux coureuses kenyanes une chance d’échapper à l’oppression d’une société sous domination masculine.

En utilisant ses revenus d’athlète pour ce projet, Lornah Kiplagat [qui fêtera ses 33 ans le 1er mai] souhaite contribuer à mettre fin à la tradition kenyane qui veut que la femme soit soumise à l’homme et soit élevée pour servir les hommes de sa famille. "Malheureusement, c’est encore le cas aujourd’hui", soupire-t-elle lors d’un séjour de repos aux Pays-Bas après son stage de préparation pour le marathon. "Et ce n’est pas seulement au Kenya. C’est comme ça dans toute l’Afrique. Quand j’ai commencé à courir, en 1994, il était très difficile pour les femmes de faire carrière dans l’athlétisme au Kenya. Personne ne croyait une femme capable de ça. Ça a été difficile de trouver ma place et de me concentrer sur mon entraînement. Nous devions toujours aller dans des camps [d’entraînement mixtes] où les hommes étaient en position de force. La plupart du temps, ils nous demandaient de faire leur lessive ou de nettoyer leurs chaussures. Je trouvais ça injuste. Je me disais : ’Si un jour je gagne au loto ou si j’ai de l’argent, je ferai quelque chose pour les femmes.’ C’est ce que j’ai fait dès que j’ai remporté ma première grande course, en 1997. J’ai tout de suite acheté une parcelle de terrain et nous avons commencé les travaux deux ans après."

"C’était pour aider les femmes qui voulaient courir. Nous avons lancé environ vingt-cinq filles, dont chacune parraine aujourd’hui une jeune coureuse : la relève est assurée. Ça nous apporte une immense satisfaction, à Pieter et à moi. Nous avons le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien. Nous avons planté une graine et nous espérons qu’elle va continuer à grandir."

Une fondation pour aider les jeunes Kenyanes

Hilda Kibet, une cousine de Lornah Kiplagat, fait partie de leurs protégées. En janvier dernier, elle a remporté le semi-marathon d’Egmont, aux Pays-Bas, en battant Gete Wami, triple médaillée olympique et ancienne championne du monde du 10 000 mètres, et Tegla Loroupe, ancienne gagnante des marathons de Londres, de New York et de Berlin.

Le père de Kiplagat, mort en 2000, aurait été fier des succès des filles de sa famille. Contrairement à la plupart des pères kenyans des années 1950, 1960 et 1970, il a toujours tenu à ce que ses filles soient élevées comme les égales de ses fils. Il avait prévenu Lornah qu’il lui briserait les mains s’il la surprenait en train d’accomplir une corvée pour ses frères. Il a également refusé que ses filles soient excisées, comme le veut la tradition kenyane.

"Je pense que ça m’a donné confiance en moi et que ça m’a poussée à faire bouger les choses", dit Lornah. "Mes parents étaient plus âgés que ceux de mes amies qui parlaient toujours de la ’tradition’. Je me disais : ’Mes parents sont censés être les plus traditionalistes, et pourtant ils nous disent que ce n’est pas bien.’ Alors, j’ai rejeté cette ’tradition’, ce que les gens n’acceptaient pas. C’est sûr, mes parents m’ont poussée dans cette voie."

"Certains de mes frères étaient plus âgés, mais nous étions tous traités de la même façon. Nous faisions les mêmes choses, mes frères et moi. Alors, je pensais : "Si je ne suis pas obligée de travailler pour mes frères, pourquoi devrais-je le faire pour un inconnu ?" Pourtant, aujourd’hui encore, les inégalités persistent. Heureux de pouvoir donner leurs chances aux athlètes kenyanes, Kiplagat et Langerhorst ont décidé en février dernier de créer la fondation Lornah Kiplagat en faveur de l’éducation des filles au Kenya.

"Puisque ça a bien marché pour l’athlétisme, nous avons décidé de nous attacher à l’éducation," explique Lornah Kiplagat. "La plupart des familles kenyanes ont beaucoup d’enfants et, au Kenya, il faut payer des frais de scolarité pour aller au lycée. Pour les familles, cela représente beaucoup d’argent. Quand un couple a cinq filles et deux garçons et que l’argent manque, les parents préfèrent envoyer les garçons à l’école et garder les filles à la maison. Nous trouvons cela injuste. Les filles ont besoin d’aller à l’école. Bien sûr, on ne peut pas changer d’un seul coup la face du monde, mais on peut faire avancer sa communauté avec de petites choses. Alors, nous payons les frais de scolarité de filles qui n’ont pas les moyens d’aller au lycée. Nous parrainons actuellement une dizaine de filles, et ça a changé leur vie."

Adoptée par la Hollande

L’objectif est de réintégrer une cinquantaine de jeunes filles dans le système scolaire kenyan. Et ce n’est qu’une partie des actions menées par Lornah Kiplagat qui, dans sa générosité, a aussi financé les études en Europe de certaines coureuses moins chanceuses de son centre de formation. Une fille est devenue ingénieur en mécanique en Allemagne ; une autre s’est installée à Amsterdam comme physiothérapeute.

Contrairement à tous les Kenyans qui courent aujourd’hui pour le Qatar, Lornah Kiplagat n’a pas changé de nationalité pour des questions d’argent. Elle l’a fait parce qu’elle est tombée amoureuse d’un Néeerlandais et s’est installée dans son pays. "J’aime la Hollande", dit-elle. "Surtout à cette époque, avec toutes ces fleurs, c’est incroyable. Ça n’a rien à voir avec le Kenya. Je viens d’un petit village qui est exactement l’opposé. C’est le jour et la nuit. Mais, bien sûr, j’aime retourner au Kenya de temps en temps. Ce sont deux mondes différents. Chacun a ses avantages et ses inconvénients. J’essaie de profiter des deux pays. Je crois que j’y arrive."

C’est le moins qu’on puisse dire. Après sa victoire à Mombasa, Lornah Kiplagat s’est entraînée pendant quelques jours à Iten avant de retourner aux Pays-Bas. De retour sur le sol néerlandais, un comité d’accueil l’attendait à l’aéroport de Schiphol. "Je ne savais pas que j’avais autant de fans. L’aéroport était plein de personnes qui étaient venues m’attendre. Le Premier ministre m’a appelée, la reine m’a envoyé un fax et m’a téléphoné. Tout le monde était vraiment très excité. C’était une vraie surprise, bien plus que ce à quoi je m’attendais."


Voir en ligne : Courrier International

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